Conseils · Géotechnique · 6 min de lecture
Construire à Bruxelles : ce que le sol vous réserve
Par Mohamed Ansriou — ingénieur en construction, maître de conférences à l'ULB

À Bruxelles, deux maisons distantes de cent mètres peuvent reposer sur des sols très différents. Connaître le sous-sol avant de concevoir est la meilleure assurance contre les fissures — et contre les surcoûts.
1. Une géologie en couches
Sous la ville, on retrouve schématiquement :
- en surface, des formations quaternaires : remblais, limons, argiles et sables alluviaux dans les vallées (Senne, Maelbeek, Woluwe). Elles sont souvent hétérogènes et peu résistantes ;
- plus bas, les sables du Bruxellien, calcaires et parfois gréseux, de bonne résistance : une couche d'assise classique pour les pieux ;
- puis l'Yprésien, une argile pratiquement imperméable, qui forme souvent le plancher des nappes et l'assise des fondations importantes.
2. L'eau, première source de problèmes
La nappe phréatique conditionne les caves, les parkings et les fondations. Une nappe haute peut soulever une structure légère ; à l'inverse, pomper la nappe pour un chantier peut faire tasser les bâtiments voisins. Une fuite de canalisation peut aussi éroder le sol sous une fondation en quelques heures : c'est ce que nous avons vu lors de sinistres de voirie à Schaerbeek, où des immeubles ont dû être évacués.
3. Les anciennes carrières souterraines
Jusqu'au XIXe siècle, les sables bruxelliens ont été exploités en galeries. Ces vides peuvent encore provoquer des affaissements en surface. Dans les zones concernées, une investigation géophysique (radar de sol, tomographie) peut être nécessaire avant de construire.
4. Avant le projet : consulter les données existantes
- les cartes géotechniques de Bruxelles, disponibles via le Datastore de Bruxelles Environnement (épaisseur des remblais, niveau de nappe, zonage) ;
- la base de données DOV, qui rassemble des milliers de forages et d'essais CPT en Flandre et à Bruxelles ;
- les plans d'archives du bâtiment et des voisins, au service de l'urbanisme de la commune.
5. Puis faire un essai de sol
Pour une extension, une nouvelle construction ou une cave, un essai de pénétration (CPT) coûte peu au regard du projet. Il permet de choisir entre semelles, radier ou pieux, et d'estimer les tassements. Un seul essai pour un grand bâtiment ne suffit pas toujours : les variations locales du sol sont la cause de nombreux sinistres.
Notre conseil : faites réaliser l'essai de sol avant de finaliser les plans. C'est le moment où il coûte le moins cher et où il apporte le plus.